Décision de la CJUE sur le stockage des empreintes digitales dans la carte d’identité
Par arrêt du 21 mars 2024, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a jugé, dans l’affaire C-61/22, que l’obligation de stockage des empreintes digitales dans les cartes d’identité allemandes était conforme au droit de l’Union, posant ainsi des jalons essentiels pour la protection des données ainsi que pour les documents d’identité au sein de l’Union européenne (Source : CJUE, arrêt du 21.03.2024, C-61/22). Cette décision a été prise sur demande de la Cour administrative fédérale, qui cherchait à clarifier la protection des données à caractère personnel et les exigences de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
Contexte de l’affaire
La plainte contestait l’obligation, introduite dans le cadre de la délivrance des cartes d’identité allemandes le 28 décembre 2020, de recueillir deux empreintes digitales en tant que caractéristique biométrique sur la puce de la carte d’identité. L’objectif est de pouvoir vérifier de manière fiable l’identité du titulaire de la carte d’identité en cas de besoin et de rendre plus difficile l’utilisation abusive des documents d’identité. Le plaignant a soutenu que l’obligation de fournir et de stocker les empreintes digitales violait le principe de proportionnalité, l’article 8 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (protection des données), ainsi que la protection de la vie privée.
Données biométriques et considérations sur la protection des données
Champ d’application des réglementations de l’Union
La réglementation contestée repose sur un règlement européen (Règlement (UE) 2019/1157) qui vise l’harmonisation de la délivrance et de la sécurité des cartes d’identité dans tous les États membres. Celui-ci impose expressément la collecte et le stockage obligatoires de deux empreintes digitales, complétées par une photo. Les données biométriques sont stockées dans une puce hautement sécurisée, qui ne peut être lue qu’à des fins de vérification par des autorités étatiques autorisées.
Pondération de la protection des droits fondamentaux
Dans sa décision, la CJUE a souligné que le traitement des empreintes digitales constituait une atteinte grave aux droits individuels et à la protection des données des citoyennes et citoyens, étant donné que les données biométriques sont classées parmi les catégories de données personnelles particulièrement sensibles. Toutefois, la Cour estime que cette atteinte est contrebalancée par un intérêt public supérieur, notamment la prévention des abus et la lutte contre la fraude ainsi que le renforcement de la sécurité des documents d’identité pour protéger le marché intérieur.
Proportionnalité et finalité
Dans son examen, la Cour a constaté que la mesure était prévue par la loi et appropriée à l’objectif de permettre une identification incontestable. Le stockage des empreintes digitales est limité à ce qui est strictement nécessaire – seules les empreintes des deux index sont prises, ou d’autres doigts si cela n’est pas possible. Une utilisation plus étendue des données biométriques n’est pas prévue par le règlement de l’Union en vigueur et est expressément interdite par le droit allemand.
Impact pratique pour les personnes concernées et les autorités
Sécurité des données et droits d’accès
Les empreintes digitales sont enregistrées exclusivement dans la puce de sécurité de la carte d’identité et ne sont pas stockées centralement. Seules les autorités autorisées – comme les bureaux de passeports et d’identité ou les corps de garde-frontières – ont accès en cas de vérification. Après l’émission réussie, les empreintes stockées lors du processus de création sont immédiatement supprimées. Un accès par des tiers ou une utilisation à d’autres fins que la vérification de l’identité est interdit par la réglementation sur la protection des données.
Possibilités de recours et restrictions
Les personnes concernées ne peuvent pas refuser légalement de fournir leurs empreintes digitales, car la réglementation dans le règlement de l’Union applicable est directement contraignante. Seules les personnes pour lesquelles il est physiquement impossible de prendre des empreintes digitales sont exemptées. La CJUE a confirmé en dernier ressort la légalité de la collecte des données.
Évaluation et contexte européen
Par cet arrêt, la CJUE établit un cadre juridique unifié pour la gestion des données biométriques particulièrement sensibles dans le domaine des documents d’identité, ce qui doit renforcer la confiance dans l’intégrité des documents de voyage européens et faciliter la coopération transfrontalière dans l’espace Schengen. Néanmoins, la Cour fixe également des limites claires en mettant l’accent sur la finalité, la sécurité des données et les droits des personnes concernées – ainsi, la protection des données personnelles est assurée malgré un élargissement notable des pouvoirs d’accès des autorités.
Remarques finales
La décision illustre que l’équilibre entre la protection efficace des intérêts publics et le respect des droits individuels en matière de protection des données est d’une grande importance dans l’espace juridique européen. Elle souligne également que, malgré la nécessité de mesures de sécurité modernes pour les documents d’identité, des normes juridiques strictes doivent être respectées pour le traitement des données.
Pour toute question concernant la mise en œuvre des exigences relatives aux données biométriques ou les aspects liés à la protection des données dans le cadre d’une collecte de données par une autorité, les avocats de MTR Legal Rechtsanwälte sont à votre disposition.