# CJUE : responsabilité de l’État en cas de violation du temps de travail

> La CJUE précise quand le dépassement de la durée maximale hebdomadaire peut ouvrir droit à réparation d’un préjudice moral.

Source: https://www.mtrlegal.com/fr/responsabilite-etat-violations-temps-travail-cjue/ · Language: fr · Updated: 2026-10-27

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## La CJUE précise la responsabilité de l’État en cas de violation des règles relatives au temps de travail

La Cour de justice de l’Union européenne a précisé les conditions prévues par le droit de l’Union pour la réparation d’un préjudice moral résultant d’une comptabilisation erronée des périodes d’astreinte ([CJUE, arrêt du 8 octobre 2026](https://eur-lex.europa.eu/./legal-content/AUTO/?uri=CELEX:62024CJ0808) – C-808/24, ECLI:EU:C:2026:836). Si l’article 2, point 1, de la directive 2003/88/CE définit la notion de temps de travail, il ne confère pas, à lui seul, aux particuliers des droits dont la violation serait susceptible de fonder un droit à réparation contre un État membre au titre du droit de l’Union. Il en va autrement de l’article 6, sous b), de la directive : la limite de la durée moyenne hebdomadaire de travail qui y est prévue confère aux travailleurs un droit individuel minimal.

La décision faisait suite à une demande de décision préjudicielle présentée par l’Okresný súd Lučenec (tribunal de district de Lučenec), une juridiction nationale slovaque.

## Litige relatif aux périodes d’astreinte chez les sapeurs-pompiers

### Réglementation du temps de travail applicable aux services d’incendie et de secours

Le requérant est fonctionnaire au sein du service d’incendie et de secours d’une commune slovaque. Il contestait le fait que les périodes d’astreinte effectuées sur le lieu de travail n’aient pas été intégralement prises en compte en tant que temps de travail en droit slovaque.

Selon les dispositions slovaques applicables, le temps de travail d’un membre du service d’incendie et de secours comprend le temps pendant lequel il assure son service et se tient à la disposition de son unité. En cas de répartition inégale du temps de travail, la durée du service au cours d’une même journée de travail ne peut, en principe, excéder 18 heures. Le service et la période d’astreinte immédiatement consécutive effectuée sur le lieu de service ne peuvent, ensemble, dépasser 24 heures par journée de service.

Une rémunération distincte est prévue pour les périodes d’astreinte effectuées sur le lieu de service. Lorsqu’un service est effectivement accompli pendant cette astreinte, l’intéressé ne peut prétendre à la rémunération d’astreinte pour cette période ; l’activité est alors considérée comme du travail supplémentaire.

### Préjudice moral invoqué

Le requérant soutenait que ses périodes d’astreinte effectuées sur le lieu de travail n’avaient pas été considérées comme du temps de travail, contrairement à l’article 2, point 1, de la directive 2003/88. Selon lui, cela avait également entraîné un dépassement de la [durée moyenne maximale hebdomadaire de travail](https://www.mtrlegal.com/wiki/hoechstarbeitszeit/) prévue à l’article 6, sous b), de la directive.

Par son recours, il demandait réparation d’un préjudice moral. Il invoquait des atteintes à sa vie privée et familiale, à son droit à des périodes de repos suffisantes après le service ainsi qu’à son droit à la sécurité et à la protection de la santé au travail. En revanche, il ne demandait pas le paiement des heures d’astreinte qui n’avaient pas été comptabilisées comme temps de travail.

## Déroulement antérieur de la procédure devant les juridictions slovaques

### Condamnation de la République slovaque en première instance

Par jugement du 20 décembre 2023, le tribunal de district de Lučenec a constaté que le droit slovaque permettait de ne pas prendre en compte les périodes d’astreinte d’un sapeur-pompier. Cela concernait tant les astreintes effectuées sur le lieu de travail que celles effectuées à domicile et n’était pas conforme à l’article 2, point 1, de la directive 2003/88, tel qu’interprété par la CJUE.

Selon cette juridiction, la qualification erronée des périodes d’astreinte ne suffisait toutefois pas, à elle seule, à fonder un droit à réparation. Il fallait en outre que la durée maximale hebdomadaire de travail prévue à l’article 6, sous b), de la directive ait été dépassée.

La juridiction a considéré que le temps de travail du requérant, périodes d’astreinte comprises, avait dépassé de 28 jours le nombre admissible de jours de travail au cours de la période de référence de six mois concernée. Elle y a vu une violation de l’article 6, sous b), de la directive, qui avait nécessairement dû avoir des répercussions objectives sur la vie privée et familiale du requérant.

Pour fixer le montant de l’indemnisation, la juridiction a pris en considération les éléments suivants :

- Elle a tenu compte de l’ampleur du dépassement constaté de la limite du temps de travail.
- Elle s’est également fondée sur la perte de chance de voir la réglementation nationale modifiée malgré la jurisprudence déjà établie de la CJUE.

Sur cette base, la juridiction a condamné la République slovaque à verser une indemnité au titre du préjudice moral retenu.

### Annulation de la décision de première instance

Le ministère slovaque de l’Intérieur a interjeté appel du jugement. Le tribunal régional de Banská Bystrica a annulé la décision le 30 mai 2024 et renvoyé l’affaire devant le tribunal de district.

Selon le tribunal régional, la juridiction de première instance avait statué au-delà des prétentions formulées dans le recours. Le requérant n’avait demandé ni réparation au titre d’une perte de chance de voir la réglementation nationale modifiée, ni indemnisation des heures concrètement effectuées au-delà de la limite fixée à l’article 6, sous b), de la directive. Il avait au contraire fondé son préjudice moral principalement sur l’absence de qualification des périodes d’astreinte en tant que temps de travail.

Le tribunal régional a également estimé qu’un droit à réparation pouvait déjà découler de l’incompatibilité du droit national avec l’article 2, point 1, de la directive. Il n’a pas jugé nécessaire, à cet égard, de constater en plus une violation de l’article 6, sous b).

## Questions posées à la CJUE par la juridiction slovaque

Le tribunal de district de Lučenec, de nouveau saisi de l’affaire, avait des doutes quant à cette appréciation. Selon lui, l’article 2, point 1, de la directive ne contient qu’une définition. En revanche, l’interdiction expresse de dépasser la durée moyenne maximale hebdomadaire de travail résulte de l’article 6, sous b).

La juridiction souhaitait donc savoir, en substance :

- La non-prise en compte, contraire au droit de l’Union, des périodes d’astreinte en tant que temps de travail peut-elle, à elle seule, fonder un droit à réparation contre l’État membre au titre du droit de l’Union ?
- Dans l’affirmative, l’indemnisation doit-elle être calculée en fonction du nombre d’heures d’astreinte non prises en compte ou de la durée de la situation illicite ?
- Si l’article 2, point 1, ne fonde pas à lui seul un droit à réparation, quels critères s’appliquent en cas de violation de la durée maximale hebdomadaire de travail prévue à l’article 6, sous b) ?

## Conditions de la responsabilité de l’État au titre du droit de l’Union

### Trois conditions cumulatives

La CJUE a tout d’abord précisé que la responsabilité des États membres pour les dommages qui leur sont imputables en raison de violations du droit de l’Union fait partie du système des traités de l’Union. Cette règle s’applique indépendamment de l’organe de l’État membre dont l’action ou l’omission est à l’origine de la violation. Une violation imputable au législateur national peut également engager une telle responsabilité.

Un droit à indemnisation fondé sur le droit de l’Union suppose la réunion de trois conditions :

- La règle de droit de l’Union violée doit avoir pour objet de conférer des droits aux particuliers.
- La violation de cette règle doit être suffisamment caractérisée.
- Il doit exister un lien de causalité direct entre la violation et le dommage subi.

Ces conditions sont nécessaires et suffisantes pour qu’un droit à réparation soit directement fondé sur le droit de l’Union. Le droit national peut toutefois prévoir la responsabilité de l’État membre dans des conditions moins restrictives.

### Principes d’équivalence et d’effectivité

Lorsque les conditions de responsabilité prévues par le droit de l’Union sont remplies, la mise en œuvre du droit à réparation relève, en principe, du droit national de la responsabilité. Deux limites doivent toutefois être respectées.

En vertu du principe d’équivalence, les conditions applicables ne doivent pas être moins favorables que celles régissant des recours comparables fondés exclusivement sur le droit national. En vertu du principe d’effectivité, les règles nationales ne doivent pas rendre pratiquement impossible ou excessivement difficile l’obtention d’une indemnisation.

## L’article 2, point 1, de la directive ne fonde pas, à lui seul, un droit à réparation

### Portée de la notion de temps de travail

L’article 2, point 1, de la directive 2003/88 qualifie de temps de travail toute période durant laquelle le travailleur, conformément aux législations ou pratiques nationales, travaille, est à la disposition de l’employeur et exerce son activité ou ses fonctions. Selon l’article 2, point 2, constitue une période de repos toute période qui n’est pas du temps de travail.

Le temps de travail et la période de repos sont des notions autonomes du droit de l’Union. Ils doivent être interprétés selon des caractéristiques objectives, en tenant compte du contexte réglementaire et de l’objectif de la directive. Celui-ci consiste à fixer des prescriptions minimales destinées à améliorer les conditions de vie et de travail des travailleurs.

Aucune dérogation à l’article 2 de la directive n’est possible. La définition du temps de travail constitue une base essentielle pour l’application des autres dispositions de la directive. Les dispositions nationales doivent donc être compatibles avec cette définition.

### Une définition qui ne confère pas elle-même de droits

Selon l’arrêt, il ne résulte toutefois pas de cette fonction fondamentale que l’article 2, point 1, confère lui-même des droits individuels. Cette disposition se limite à définir ce qu’il convient d’entendre par temps de travail au sens de la directive. En tant que telle, elle n’impose d’obligations positives ou négatives ni aux particuliers, ni aux États membres, ni aux institutions de l’Union.

En cas de violation isolée de l’article 2, point 1, la première condition de la responsabilité de l’État au titre du droit de l’Union fait donc déjà défaut. La qualification erronée des périodes d’astreinte ne saurait, à elle seule, fonder contre l’État membre concerné un droit à réparation découlant directement du droit de l’Union.

Cela ne remet pas en cause la possibilité pour le droit national concerné d’admettre une responsabilité dans des conditions moins restrictives. Il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer si tel est le cas en droit slovaque. La CJUE ayant répondu par la négative à la première question, elle n’avait pas à répondre à la deuxième question qui en dépendait.

## L’article 6, sous b), confère des droits propres aux travailleurs

### Protection assurée par la durée maximale hebdomadaire de travail

L’article 6, sous b), de la directive impose aux États membres de limiter à 48 heures au maximum la durée moyenne de travail pour chaque période de sept jours, heures supplémentaires comprises. Selon la jurisprudence de la CJUE, cette règle constitue une disposition du droit social de l’Union qui confère des droits aux particuliers.

Cette limite doit bénéficier à chaque travailleur en tant que droit minimal. Les travailleurs peuvent donc invoquer directement l’article 6, sous b), devant les juridictions nationales.

Dans la mesure où le requérant fonde son recours non seulement sur la qualification erronée des périodes d’astreinte, mais aussi sur un dépassement de la durée maximale hebdomadaire de travail, la première condition de la responsabilité de l’État serait remplie. Il appartient à la juridiction slovaque de déterminer si les prétentions du requérant doivent être comprises en ce sens.

### Violation suffisamment caractérisée

S’agissant de la deuxième condition de responsabilité, il convient de déterminer si l’État membre a manifestement et gravement méconnu les limites de son pouvoir d’appréciation. Plus la marge d’appréciation restante est réduite, plus une violation du droit de l’Union peut, à elle seule, être considérée comme suffisamment caractérisée.

Les circonstances suivantes revêtent notamment une importance pour cette appréciation :

- Il convient de tenir compte du degré de clarté et de précision de la disposition violée.
- Il faut également prendre en considération l’étendue de la marge d’appréciation laissée par la disposition aux autorités compétentes.
- La complexité des faits ainsi que les éventuelles difficultés d’interprétation et d’application doivent être prises en compte.
- Une méconnaissance manifeste d’une jurisprudence constante de la CJUE plaide en tout état de cause en faveur d’une violation suffisamment caractérisée.

Selon les constatations figurant dans la demande de décision préjudicielle, les périodes d’astreinte du requérant n’ont pas été considérées comme du temps de service au regard du droit slovaque entre le 1er août 2020 et le 30 juin 2023. Son temps de travail aurait dépassé, au cours d’une période de référence de six mois, la limite moyenne de 48 heures par période de sept jours.

Durant cette période, la jurisprudence de la CJUE relative à la notion de temps de travail et aux sapeurs-pompiers était déjà établie. Selon cette jurisprudence, les activités des membres des forces d’intervention d’un service public d’incendie relèvent en principe du champ d’application de la directive. L’article 6, sous b), s’oppose en principe au dépassement de la durée moyenne hebdomadaire de travail de 48 heures, périodes d’astreinte comprises.

Il appartient à la juridiction de renvoi d’examiner si la réglementation slovaque ou son application reposait sur une méconnaissance manifeste de cette jurisprudence. Si tel était le cas, il y aurait violation suffisamment caractérisée du droit de l’Union.

### Lien direct avec le dommage

L’examen de la troisième condition relève également de la juridiction nationale. Celle-ci doit déterminer s’il existe un lien de causalité direct entre le dépassement de la limite du temps de travail et le préjudice moral invoqué.

Selon l’arrêt, un tel lien ne saurait être déduit de la seule qualification erronée des périodes d’astreinte en droit national. Il convient plutôt de déterminer si la violation de la durée maximale hebdomadaire de travail a précisément causé un dommage réel et concret.

## Évaluation d’un éventuel préjudice moral

### La directive ne prescrit aucune forme d’indemnisation particulière

La directive 2003/88 ne contient aucune disposition propre à l’indemnisation des travailleurs ayant subi un dommage du fait d’une violation des prescriptions minimales qu’elle établit. Elle n’impose donc aucune forme particulière de réparation et ne confère à aucun type d’indemnisation une priorité sur les autres formes de réparation.

La question de savoir si un préjudice moral doit être réparé par le versement d’une somme d’argent et selon quelles règles son montant doit être déterminé relève, en principe, du droit national. Celui-ci doit toutefois respecter les principes d’équivalence et d’effectivité. En outre, la réparation doit être proportionnée au dommage effectivement subi et garantir une protection effective des droits conférés par le droit de l’Union.

### Le dommage réel plutôt que la durée de la situation juridique erronée

La CJUE a refusé que le montant de la réparation soit déterminé uniquement en fonction de la durée de la situation contraire au droit de l’Union. Il n’est donc pas déterminant de savoir pendant combien de temps le droit national a permis que les périodes d’astreinte ne soient pas prises en compte comme temps de travail.

Est au contraire déterminant le dommage réel et concret que l’intéressé a subi du fait du dépassement de la limite du temps de travail fixée à l’article 6, sous b). Il doit exister un lien de causalité direct entre ce dommage et la violation.

Pour évaluer ce dommage, il est notamment possible de prendre en compte le nombre d’heures effectuées au-delà de la limite maximale prévue par le droit de l’Union. Cela vaut en particulier dans la mesure où cette charge supplémentaire a pu avoir des répercussions sur la vie privée et familiale du travailleur. La CJUE n’a toutefois pas considéré le nombre d’heures excédentaires comme le seul critère pertinent ni comme un critère de calcul impératif.

## Portée de la décision pour les périodes d’astreinte

L’arrêt distingue clairement la définition du temps de travail de la protection matérielle des travailleurs qui en découle. Une réglementation nationale peut méconnaître la notion de temps de travail prévue par le droit de l’Union sans que cette seule circonstance ouvre un droit à réparation fondé sur le droit de l’Union. La responsabilité de l’État suppose au contraire la violation d’une disposition conférant un droit propre au particulier.

L’article 6, sous b), remplit cette condition. Un droit à réparation suppose néanmoins, en outre, une violation suffisamment caractérisée ainsi qu’un dommage réel résultant directement du dépassement de la durée moyenne hebdomadaire de travail. La seule durée d’une réglementation nationale erronée ne dispense pas de cet examen.

## Conseil juridique sur le temps de travail et les périodes d’astreinte

La distinction entre temps de travail, période d’astreinte et période de repos peut revêtir une importance considérable tant pour l’organisation du temps de travail dans l’entreprise que pour d’éventuels droits résultant du dépassement des limites légales. MTR Legal Rechtsanwälte accompagne les employeurs et les travailleurs dans les questions relevant du droit du travail, en tenant compte du cadre juridique national et européen. De plus amples informations sont disponibles à la rubrique [conseil juridique en droit du travail](https://www.mtrlegal.com/rechtsberatung/arbeitsrecht/).
